Pendant le cinquième été de mon enfance j’appris à nager ou plutôt à « barboter » dans la petite piscine ronde de mon grand père, ma mère m’inscrivit l’automne suivant aux cours de natation à la piscine Léo Lagrange de Toulouse.

Après plusieurs mois de cours, je savais donc tout ce qu’il fallait savoir pour enfin nager dans la mer dont on me parlait depuis des mois et où je devais aller l’été suivant avec mon grand père. Pourtant après un soir fatidique de mai 87, je n’étais plus vraiment sûr que ce soit une très bonne idée.

Il avait suffi d’un soir devant la télé pour anéantir toute la confiance que j’avais acquise en apprenant à nager. Les dents de la mer de Spielberg avaient eu raison de moi, ma conclusion était la suivante :
À quoi bon se risquer à nager si la mer pouvait me manger ?

Les premières chaleurs de l’été avaient pointé leur nez et il était temps de partir avec mes grands parents et ma cousine à la mer, notre destination était un camping à Sainte Maxime dans la caravane de mon grand-père sur la côte d’azur.

Apparemment la côte d’azur était un pays qui se nommait ainsi parce que le ciel y était toujours bleu, c’est aussi là que j’ai appris ce que signifiait le terme « coup de soleil ».

Au moment de mettre le premier pied dans l’eau de la fameuse mer j’étais donc partagé entre ma confiance en moi, mes compétences de nageurs et les dents de la mer qui me faisaient sacrément peur. (j’avais quand même obtenu mon dauphin de bronze en natation)

Du coup je restais toujours au bord de l’eau et j’avais peur de nager un peu plus loin. Mon grand-père comprit que j’avais peur de nager là où je n’avais pas pied, j’avais une voix très aigüe et je l’utilisais plutôt efficacement lorsque je n’avais plus pieds. Il acheta un petit bateau gonflable et avec ma cousine, lorsque la météo s’y prêtait, il nous emmenait un peu plus loin là où nous n’avions plus pieds à 200 ou 300 mètres de la côte. Mon grand père avait été maître nageur, champion de rugby, légionnaire vétéran de la guerre de Corée et vendeur de chaussures.

Il mettait autour de nos petits bras des brassards flottants avec des canards dessinés dessus et il nous sommait de nous mettre à l’eau, il fallait sauter à l’eau, c’était un ordre. La première fois où j’ai sauté, j’ai réalisé que je ne pouvais pas voir ce qu’il y’avait sous mes pieds et à ce moment là, toutes les images du film de Spielberg sont…remontées à la surface… j’étais terrifié je me suis dépêché de remonter à bord aidé par mon grand père, le canot était plus rassurant ; maintenant que j’avais osé sauter une première fois, j’avais déjà un peu moins peur.

Il m’a fallut quelques temps et quelques autres tentatives pour comprendre qu’il n’y avait pas autant de requins que ça dans la mer Méditerranée mais cela a prit un peu plus pour définitivement vaincre cette peur.

Combo #1 : L’inconnu c’est comme des sables mouvants, si vous vous débattez sans réfléchir vous pouvez vous y embourber. 
Entourez-vous de mentors vétérans pour apprendre ce qui vous manque.

Deux semaines plus tard mes parents vinrent nous rejoindre et je partageais mon expérience à ma mère lui racontant aussi le film que grand-père m’avait montré quelques mois auparavant et pourquoi la mer m’effrayait tant.

Elle éclata de rire en me disant que le requin du film était en carton, que ce n’était pas un vrai, c’était juste une histoire pour faire peur, et que je ne verrai jamais un requin sur les côtes de la Méditerranée.

Depuis cet instant je n’ai plus eu peur des requins ni de nager là ou je n’avais plus pieds.

Cela me rappelle une histoire que raconte souvent Elon Musk, l’homme qui a réalisé son rêve d’envoyer de vraies fusées dans l’espace. Lorsqu’il était enfant, lui aussi a vaincu une peur qui était plutôt tenace, la peur du noir. Et puis il s’est renseigné sur l’obscurité et pourquoi il faisait noir. En lisant des livres d’optique il a découvert que l’obscurité n’était rien de plus qu’une absence de photons et qu’il était stupide d’avoir peur d’une absence de photons, depuis il n’eut plus peur du noir ; comme ma peur des requins la sienne s’est définitivement envolée en une seule phrase rationnelle.

Combo #2 : À partir du moment où une peur irrationnelle a été affrontée et combattue, de simples éléments rationnels suffisent parfois pour la faire disparaître.